Déclarons
l’urgence
climatique

Chaque jour compte pour éviter le pire.

Vous en avez sûrement déjà entendu parler aux infos ou dans la presse : nous sommes en pleine crise environnementale. Des mouvements de jeunes prennent la rue, des célébrités prennent la parole, et notre gouvernement prononce des mots rarement utilisés comme climat, environnement ou biodiversité. Les scientifiques, eux, estiment à 2030 la date limite avant laquelle on peut encore agir pour éviter une catastrophe absolue, et pour ménager les effets des changements que les gaz à effet de serre imposent à notre climat.

Comment est-ce que les gaz à effet de serre influencent le climat ? Quel est le rôle des humains dans la présence de gaz à effet de serre ? Le site du Réseau Action Climat répond à toutes ces questions sur le système climatique : Notre système climatique.

Un climat qui change, c’est des risques qui augmentent : inondations, sécheresses, canicules, feux de forêts, récoltes perdues, famines, pauvreté… Chez nous, comme partout ailleurs autour du globe ces catastrophes ont commencé à se produire. Nous devons agir maintenant pour réduire les souffrances actuelles et pour augmenter les chances que les générations futures héritent d’une Terre habitable.

Depuis des décennies, des années, des mois, nous tirons le signal d’alarme.

Il est temps de déclarer l’état d’urgence climatique.

Au sommaire

Dernière mise à jour le

C’est quoi l’état d’urgence climatique ?

Parfois, nos problèmes deviennent si gros que seule une action drastique peut y répondre.

Jamais l’humanité n’a eu à réagir à une crise de cette ampleur : notre avenir ne survivra pas aux demi-mesures. On ne peut pas négocier avec le climat, on ne peut pas tergiverser avec l’avenir des êtres humains.

L’état d’urgence climatique, c’est une première action. C’est une manière de dire : “À partir de maintenant, toute notre action commune se fera en réaction à la Crise Climatique”.

Au delà d’une simple déclaration qui ne serait pas accompagnée d’actions marquantes (en France on en a eu plein des comme ça, du Grenelle de l’Environnement à la COP21, à la nomination de Nicolas Hulot comme Ministre d’État à la Transition Écologique puis à son remplacement par François de Rugy comme Ministre d’État aux Lobbies…), il faut que cet état d’urgence climatique soit accompagnées de buts et de principes qui soient à la hauteur de notre ambition.

Et notre ambition en tant que société, c’est d’aider les humains à survivre aux dérèglements climatiques.

Qu’est-ce qu’on attend de nos gouvernements ?

L’état d’urgence climatique ne doit pas être pour les gouvernements une occasion de renommer leurs politiques environnementales actuelles, et de continuer leur (in)action. À l’issue de la COP21, les pays signataires ont promis des actions pour limiter l’élévation de température à 1,5 °C, mais aucun pays européen n’a commencé à s’engager sur cette voie. Les lenteurs, les tergiversations, les négociations nous font perdre un temps précieux.

Nous devons donc formuler des demandes, qui doivent être mises en place et respectées dans le cadre d’une déclaration d’état d’urgence climatique.

En prenant exemple sur la pétition anglaise qui a mené à la déclaration de l’urgence climatique au Royaume-Uni, nous pouvons bâtir un ensemble de principes, buts et moyens de les respecter, dans le cadre d’un état d’urgence climatique ; et en prenant pour exemple les mesures préconisées par l’Assemblée Citoyenne Irlandaise sur le sujet “Comment l’État peut faire de l’Irlande un meneur dans la lutte contre le changement climatique”, on peut proposer plusieurs actions que l’État français peut mettre en place dès l’adoption d’une déclaration d’Urgence Climatique.

Les revendications du mouvement Extinction Rebellion
  1. La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet.
  2. La réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025, grâce à une réduction de la consommation et une descente énergétique planifiée.
  3. L’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant.
  4. La création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable.

Extinction Rebellion : Nos revendications

Les demandes de la pétition anglaise
  1. Declare a ‘Climate Emergency’ now.
  2. Halt fossil fuel expansion and fossil fuel subsidies by 2020 and begin to support the roll-out of clean renewable energy technologies immediately.
  3. Ensure current and future policies are consistent with averting climate change and preventing ecological collapse.
  4. Support the rapidly emerging climate action plans and resilience initiatives throughout the country.
  5. Reduce carbon emissions to net zero no later than 2030.

Pétition Declare a national climate emergency now!

Traduction :

  1. Déclarer l’“Urgence Climatique” dès à présent
  2. Arrêter l’expansion des carburants fossiles et supprimer les subventions qui y sont liées d’ici à 2020, et commencer immédiatement à déployer les technologies d’énergies renouvelables propres.
  3. S’assurer que les décisions politiques actuelles et à venir soient cohérentes avec la volonté de prévenir les changements climatiques et d’éviter l’effondrement climatique.
  4. Soutenir les plans d’action climatiques et initiatives résilientes qui émergent en ce moment dans le pays.
  5. Atteindre la neutralité carbone au plus tard en 2030.
Les 13 recommandations de l’assemblée citoyenne irlandaise

The Assembly made the following 13 recommendations by a majority vote:

  1. R1: 98% of the Members recommended that to ensure climate change is at the centre of policy-making in Ireland, as a matter of urgency a new or existing independent body should be resourced appropriately, operate in an open and transparent manner, and be given a broad range of new functions and powers in legislation to urgently address climate change.
  2. R2: 100% of the Members recommended that the State should take a leadership role in addressing climate change through mitigation measures, including, for example, retrofitting public buildings, having low carbon public vehicles, renewable generation on public buildings and through adaptation measures including, for example, increasing the resilience of public land and infrastructure.
  3. R3: 80% of the Members said they would be willing to pay higher taxes on carbon intensive activities.
  4. R4: 96% of the Members recommended that the State should undertake a comprehensive assessment of the vulnerability of all critical infrastructure (including energy, transport, built environment, water and communications) with a view to building resilience to ongoing climate change and extreme weather events. The outcome of this assessment should be implemented. Recognising the significant costs that the State would bear in the event of failure of critical infrastructure, spending on infrastructure should be prioritised to take account of this.
  5. R5: 99% of the Members recommended that the State should enable, through legislation, the selling back into the grid of electricity from micro-generation by private citizens (for example energy from solar panels or wind turbines on people’s homes or land) at a price which is at least equivalent to the wholesale price.
  6. R6: 100% of the Members recommended that the State should act to ensure the greatest possible levels of community ownership in all future renewable energy projects by encouraging communities to develop their own projects and by requiring that developer-led projects make share offers to communities to encourage greater local involvement and ownership.
  7. R7: 97% of the Members recommended that the State should end all subsidies for peat extraction and instead spend that money on peat bog restoration and making proper provision for the protection of the rights of the workers impacted with the majority 61% recommending that the State should end all subsidies on a phased basis over 5 years.
  8. R8: 93% of the Members recommended that the number of bus lanes, cycling lanes and park and ride facilities should be greatly increased in the next five years, and much greater priority should be given to these modes over private car use.
  9. R9: 96% of the Members recommended that the State should immediately take many steps to support the transition to electric vehicles.
  10. R10: 92% of the Members recommended that the State should prioritise the expansion of public transport spending over new road infrastructure spending at a ratio of no less than 2-to-1 to facilitate the broader availability and uptake of public transport options with attention to rural areas.
  11. R11: 89% of the Members recommended that there should be a tax on greenhouse gas (GHG) emissions from agriculture. There should be rewards for the farmer for land management that sequesters carbon. Any resulting revenue should be reinvested to support climate friendly agricultural practices.
  12. R12: 93% of the Members recommended the State should introduce a standard form of mandatory measurement and reporting of food waste at every level of the food distribution and supply chain, with the objective of reducing food waste in the future.
  13. R13: 99 % of the Members recommended that the State should review, and revise supports for land use diversification with attention to supports for planting forests and encouraging organic farming.

A further four ancillary recommendations are made by consensus after Assembly Members took part in a reflective exercise. These are:

  1. AR1: Greater emphasis should be placed on providing positive information to the public which encourages people to make changes to the aspects of their behaviour which impacts on climate change. Such information should be targeted at all age groups using a wide variety of formats. The information provided should be focussed on highlighting the economic, social, health and other benefits of taking action rather than focussing on the negatives associated with a failure to act.
  2. AR2: Steps should be taken to reduce packaging, particularly plastic packaging, and resulting waste. Suggestions for such steps include the eradication of single use plastics particularly in supermarkets and the imposition of penalties for failure to comply and the introduction of a deposit scheme on plastic bottles.
  3. AR3: The agriculture sector in Ireland requires ongoing support to make a transition towards models of production which emit lower Green House Gases. Cognisance must be taken of the impact which the sector has on the economy, particularly the rural economy.
  4. AR4: All new buildings should have a zero or low carbon footprint and planning permission should only be provided for new builds which comply with these requirements. The government should provide incentives to retrofit homes to achieve better energy efficiency ratings.

Publication of Citizens’ Assembly Final Report on How the State can make Ireland a Leader in Tackling Climate Change

Traduction :

L’assemblée a formulé les 13 recommandations suivantes à la majorité des voix :

  1. R1: 98 % des membres ont recommandé que, pour garantir que le changement climatique soit au centre de l’élaboration des politiques en Irlande, un organisme indépendant, nouveau ou existant, soit doté d’urgence des ressources nécessaires, fonctionne de manière ouverte et transparente et se voie attribuer un large éventail de nouvelles fonctions et pouvoirs dans la législation pour faire face au changement climatique.
  2. R2: 100 % des membres ont recommandé que l’État joue un rôle de chef de file dans la lutte contre le changement climatique en prenant des mesures palliatives, notamment la modernisation des bâtiments publics, l’adoption de véhicules publics peu polluants, la production d’énergies renouvelable sur les bâtiments publics et en adoptant des mesures d’adaptation, notamment l’amélioration de la résilience des infrastructures publiques et du territoire, par exemple.
  3. R3: 80 % des membres ont déclaré qu’ils seraient disposés à payer des taxes plus élevées sur les activités à forte intensité de carbone.
  4. R4: 96 % des membres ont recommandé que l’État entreprenne une évaluation complète de la vulnérabilité de toutes les infrastructures critiques (y compris l’énergie, les transports, le bâti, l’eau et les communications) en vue de renforcer la résistance aux changements climatiques et aux phénomènes météorologiques extrêmes en cours. Les résultats de cette évaluation devraient être mis en œuvre. Compte tenu des coûts importants que l’État devrait supporter en cas de défaillance des infrastructures critiques, les dépenses d’infrastructure devraient être classées par ordre de priorité pour en tenir compte.
  5. R5: 99 % des membres recommandent que l’État permette, par le biais législatif, la revente au réseau de l’électricité issue de la microgénération par des particuliers (par exemple l’énergie provenant de panneaux solaires ou d’éoliennes sur les maisons ou les terrains) à un prix au moins équivalent à celui du prix de gros.
  6. R6: 100 % des membres ont recommandé que l’État prenne des mesures pour assurer le plus haut niveau possible de participation communautaire dans tous les futurs projets d’énergie renouvelable en encourageant les communautés à développer leurs propres projets, et en exigeant que les projets dirigés par les promoteurs fassent des offres de participation aux communautés pour encourager un investissement et une participation locales accrues.
  7. R7: 97 % des membres ont recommandé que l’État mette fin à toutes les subventions pour l’extraction de la tourbe, et dépense plutôt cet argent pour la restauration des tourbières et pour la protection des droits des travailleurs touchés, la majorité recommandant à 61% que l’État mette fin à toutes les subventions sur une base progressive sur 5 ans.
  8. R8: 93 % des membres ont recommandé que le nombre de couloirs d’autobus, de pistes cyclables et de parking-relais soit considérablement augmenté au cours des cinq prochaines années, et qu’une priorité beaucoup plus grande soit accordée à ces modes de transport par rapport à l’utilisation des voitures particulières.
  9. R9: 96 % des Membres ont recommandé que l’Etat prenne immédiatement de nombreuses mesures pour soutenir la transition vers les véhicules électriques.
  10. R10: 92 % des membres ont recommandé que l’État donne la priorité à l’expansion des dépenses de transport public en dépensant le double des nouvelles dépenses d’infrastructure routière, afin de faciliter la disponibilité et l’adoption plus large des options de transport public, en accordant une attention aux zones rurales.
  11. R11: 89 % des membres recommandent qu’il y ait une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant de l’agriculture. L’agriculteur devrait être récompensé pour la gestion des terres qui séquestrent le carbone. Toutes les recettes qui en résultent devraient être réinvesties pour soutenir des pratiques agricoles respectueuses du climat.
  12. R12: 93 % des membres ont recommandé que l’État introduise un modèle standard de mesure et de notification obligatoires des déchets alimentaires à tous les niveaux de la chaîne de distribution et d’approvisionnement, dans le but de réduire le gâchis alimentaire.
  13. R13: 99  % des membres ont recommandé que l’État revoie et révise les aides à la diversification de l’utilisation des terres en accordant une attention particulière aux aides à la plantation de forêts et à la promotion de l’agriculture biologique.

Quatre autres recommandations complémentaires ont été formulées par consensus après que les membres de l’Assemblée ont pris part à un exercice de réflexion. Celles-ci le sont :

  1. AR1: Il faudrait mettre davantage l’accent sur la fourniture d’informations positives au public afin d’encourager les gens à modifier les aspects de leur comportement qui ont un impact sur le changement climatique. Ces informations devraient s’adresser à tous les groupes d’âge en utilisant une grande variété de formats. L’information fournie devrait mettre l’accent sur les avantages économiques, sociaux, sanitaires et autres d’une action plutôt que sur les inconvénients associés à l’inaction.
  2. AR2: Des mesures devraient être prises pour réduire les emballages, en particulier les emballages en plastique, et les déchets qui en résultent. Parmi les suggestions pour de telles mesures figurent l’éradication des plastiques à usage unique, en particulier dans les supermarchés, l’imposition de sanctions en cas de non-respect et l’introduction d’un système de consigne sur les bouteilles en plastique.
  3. AR3: Le secteur agricole irlandais a besoin d’un soutien continu pour faire la transition vers des modèles de production qui émettent moins de gaz à effet de serre. Il faut tenir compte de l’impact que le secteur a sur l’économie, en particulier l’économie rurale.
  4. AR4: Tous les nouveaux bâtiments doivent avoir une empreinte carbone nulle ou faible, et tout nouveau permis de construire ne doivt être délivré que pour des constructions qui répondent à ces exigences. Le gouvernement devrait offrir des incitations pour rénover les maisons dans le but d’obtenir de meilleures cotes d’efficacité énergétique.

Proposons des idées !

Quelles idées proposer ?

Pour être pertinentes dans le cadre de la déclaration d’un état d’urgence climatique, une idée doit :

Les principes

Chaque principe est une base sur laquelle la société doit s’appuyer pour atteindre les buts.

  1. Nous sommes entrés dans une ère de Crise Climatique mondiale, chaque action du gouvernement doit être à la hauteur de l’urgence.
  2. L’arrêt absolu de l’usage des carburants fossiles doit se faire au plus vite.
  3. Nous devons nous assurer que les gouvernements présents ou à venir seront contraints de respecter cet état d’urgence.

Les buts

Les buts sont ambitieux, parce que nous ne pouvons pas patienter.

Les actions

Les actions doivent être entreprises immédiatement, pour avoir un impact le plus tôt possible.

Laissons le carbone dans le sol

Lâchons notre dépendance à l’avion

Améliorons les alternatives en matière de transports

Limitons la construction, améliorons l’habitat

Adoptons une diplomatie de l’urgence climatique

Dé-carbonons l’économie

Contrôlons l’activité du gouvernement et de l’assemblée

En France, on en est où ?

À la mi-mai, pour suivre l’exemple des parlements anglais et irlandais, la France Insoumise a réclamé l’état d’urgence climatique et écologique. Dans le contexte des élections européennes, plusieurs partis intégraient l’environnement au cœur de leur programme, mais tous n’ont pas convaincu. La relative percée du parti EÉLV a tout de même révélé l’intérêt des Français pour les problématiques environnementales.

Proposition de loi d’état d’urgence climatique

Le 14 mai 2019, la députée Mathilde Panot a proposé la proposition de résolution déclarant l’état d’urgence climatique et écologique

Considérant que le changement climatique fait peser de sérieuses menaces sur l’humanité et son environnement, comme l’attestent les différents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ;

[…]

Cette Assemblée déclare l’urgence climatique à la suite des conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat selon laquelle, pour éviter une augmentation de plus de 1,5 °C du réchauffement climatique, les émissions mondiales devraient être réduites d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici 2030, pour atteindre le zéro émissions net vers 2050 ;

Cette Assemblée déclare l’urgence écologique à la suite des conclusions de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques selon laquelle pour limiter la sixième extinction de masse en cours il faut entamer des “réformes fondamentales des systèmes financier et économique mondiaux” ;

Cette Assemblée s’inquiète du fait que la France manque actuellement la quasi-totalité de ses objectifs en matière de biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique ;

Elle plaide pour la mise en œuvre d’un principe de règle verte au sommet de la hiérarchie des normes, qui impose de ne pas prélever sur la nature plus de ressources renouvelables que ce qu’elle peut reconstituer en un an, ni produire plus de déchets que ce qu’elle peut supporter ;

Elle invite en outre le Gouvernement à soumettre à l’Assemblée nationale des mesures urgentes visant à accroître l’ambition des objectifs de la France, conformément à ses engagements nationaux et internationaux, afin d’atteindre avant 2050 l’objectif de neutralité carbone et de 100 % d’énergies renouvelables, couplés à une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre nationales, ainsi que relatives à la mise en œuvre d’une stratégie industrielle pourvoyeuse d’emplois non délocalisables au cœur d’une transition écologique vers une économie à faible intensité carbone.

Source : assemblee-nationale.fr/15/propositions/pion1943.asp

Cette proposition affiche clairement des ambitions conformes aux recommandations du GIEC et demande au gouvernement non seulement un principe de règle verte qui aurait la même force que la Constitution, mais aussi des mesures pour accroître l’ambition des objectifs de la France pour atteindre avant 2050 l’objectif de neutralité carbone et de 100 % d’énergies renouvelables ainsi qu’une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre.

Les propositions dans les programmes des élections européennes

Dans le cadre des élections européennes de 2019, le contexte est mûr pour faire avancer la cause environnementale. Une liste se présente sur le concept même d’urgence écologique (sous le nom d’Urgence Écologie), la liste d’EÉLV axe toute sa campagne sur le thème, et les partis de gauche ont eux aussi quelques idées à proposer sur le sujet.

L’Urgence Climatique dans la loi Énergie et Climat

Après avoir refusé de considérer la proposition d’amendement de la députée Mathilde Panot le 14 mai, en disant “Même si on votait une résolution déclarant l'état d'urgence climatique, on n'aurait pas beaucoup avancé dans la lutte contre le réchauffement climatique.” (source: @LCP sur Twitter), François de Rugy se félicite un mois après d’inscrire une déclaration d’Urgence Climatique dans la proposition de Loi Énergie et Climat.

Cette proposition de loi vise à définir de nouveaux objectifs sur le climat, plus compatibles avec la neutralité carbone en 2050. François de Rugy se félicite de l’ambition du texte, mais il est décrié à gauche comme chez les élus écolo, comme étant trop incomplet, ne portant que sur deux mises à jour d’objectifs, quatre fermetures de centrales à charbon, mais rien sur le bâtiment ou les transorts.

La déclaration d'Urgence Climatique est proposée via l’amendement CE566 porté par la députée LaREM Nathalie Sarles, adopté le 14 juin 2019.

ARTICLE PREMIER

Après l’alinéa 1, insérer l’alinéa suivant :

« 1° A Le début du premier alinéa est ainsi rédigé : « I. – Pour répondre à l’urgence écologique et à la crise climatique, la politique... (le reste sans changement) ; ».

Retravaillé après le retrait de l’amendement CD24 en commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, cet amendement vise à introduire l’urgence écologique et la crise climatique dans la loi.

Selon le rapport du GIEC présenté en 2018, l’évaluation des émissions telles qu’elles sont rapportées dans les contributions nationales dans leur volet atténuation nous amène à un scénario qui n’est pas cohérent avec l’objectif de 1,5°C de réchauffement des températures. En effet, même avec des changements drastiques d’ici 2030 il sera difficile de respecter l’objectif fixé à 1,5°C. Au-delà de cet objectif, le GIEC souligne que les conséquences seront irréversibles pour notre planète. Pour éviter ce scénario, la politique menée en matière de transition écologique doit être rapide et globale. Le rapport spécial du GIEC sur le 1.5°C préconise une diminution des émissions de 45 % avant 2030 (en 11 ans) au niveau mondial, soit une division par 3 pour les pays industrialisés comme la France.

Alors que le Parlement britannique a voté une résolution pour déclarer l’urgence écologique, cet amendement propose de l’inclure dans la loi.

Source : assemblee-nationale.fr/dyn/15/amendements/1908/CION-ECO/CE566

Outre la faiblesse des propositions portées par cette loi Énergie et Climat, déplorée par l’opposition au gouvernement, la déclaration d’urgence climatique parait bien faible, si on la compare à la proposition de loi portée par Mathilde Panot et la France Insoumise. On n’y retrouve pas de remise en question de la hiérarchie des normes, pas de déclaration concrète de ce que cette urgence veut dire, etc. Le terme est laissé nébuleux, à l’appréciation du lecteur.

Le volte-face de François de Rugy sur le sujet d’urgence climatique, en un mois, est une arnaque.

L’état d’urgence climatique dans le monde

Déclarations

Pour des raisons de brièveté, certaines déclarations pourront être omises. Pour une liste plus exhaustive, divers sites regroupent les déclarations de pays, parlements et conseils municipaux :

5 décembre 2016, 21 août 2017 — Darebin, Australie

Premier conseil municipal, et première administration au monde à déclarer l’urgence climatique.
The Darebin campaign
"Council recognises that we are in a state of climate emergency that requires urgent action by all levels of government, including by local councils."
Darebin climate emergency plan
Darebin – Energy and Climate
“We recognise that we are in a state of climate emergency, and we need to restore a safe climate at emergency speed, in order to avoid dramatic and negative impacts on our community and around the world.”

26 novembre 2018 — Bristol, Royaume-Uni

Bristol’s 2030 carbon-neutral plan ’ambitious’ - BBC News

19 mars 2019 — Canton de Vaud, Suisse

Le Parlement donne son feu vert à l’urgence climatique - RTN votre radio régionale

27 mars 2019 — Canton de Jura, Suisse

Le Parlement jurassien déclare l’état d’urgence climatique - RFJ votre radio régionale

28 avril 2019 — Écosse

Nicola Sturgeon declares ‘climate emergency’ at SNP conference - BBC News

1er mai 2019 — Pays de Galles

Le gouvernement : ‘Climate emergency’ declared by Welsh Government - BBC News
L’assemblée : ‘Climate emergency’ vote backed by Welsh Assembly - BBC News

1er mai 2019 — Royaume-Uni

UK Parliament declares climate change emergency - BBC News

9 mai 2019 — Mulhouse, France

Mulhouse.fr : Ordre du jour du Conseil municipal du jeudi 9 mai 2019

9 mai 2019 — Irlande

Climate change: Ireland declares climate emergency - BBC News

13 mai 2019 — Canton de Zurich, Suisse

Suisse: Zurich: le parlement pour l’état d’urgence climatique - Suisse - 24heures.ch

19 mai 2019 — Première Nation Vuntut Gwichin

C’est la première fois qu’une nation tribale ou qu’un peuple autochtone déclare l’état d’urgence climatique : The First Tribal Climate Emergency Declaration Is Here—and It Won't Be the Last

15 juin 2019 — Vatican

Le pape, chef spirituel des catholiques et chef temporel de l’État du Vatican déclare l’Urgence Climatique, non seulement au niveau de son état, mais au niveau de l’Église catholique romaine, religion qui regroupe le plus de membres à l’échelle mondiale : Pope Francis declares ‘climate emergency’ and urges action

Addressing energy leaders, pope warns of ‘catastrophic’ effects of global heating

18 juin 2019 — Canada

Le Canada de Justin Trudeau prouve qu’on peut être de mauvaise foi, totalement cynique, ou n’avoir absolument pas compris la situation dans laquelle on est. Le 17 juin, le Parlement déclare l’Urgence Climatique via une déclaration portée par leur Ministre de l’environnement et du changement climatique Catherine McKenna, et qui qualifie la crise de “réelle et urgente, et provoquée par l’activité humaine”. Le lendemain, le premier ministre Justin Trudeau annonce l’extension du Trans Mountain pipeline, qui doit convoyer du pétrole issu de sables bitumés de la province de l’Alberta. Parmi les justifications : “If our country has money from our resources, we’ve got better options for investing in green energy.” (“Il faut que notre pays fasse de l’argent à partir de nos ressources pour avoir de meilleures options d’investissement dans les énergies renouvelables”.) Le niveau de foutage de gueule est immense, la barre du renoncement et de l’excuse bidon est placée très haut. Canada Declares Climate Emergency, Then Approves Massive Oil Pipeline Expansion

Et nous, on attend quoi ?

Comment agir ?

Faisons vivre ce document !

Mes réflexions sur le sujet

Cette page a été écrite pour cristalliser mes pensées à un moment donné. Elle est appelée à évoluer au fil de mes lectures, rencontres et discussions. Votre aide est la bienvenue.

Pour toutes mes idées et écrits sur l’environnement mais qui ne cadrent pas avec cette page spécifique, j’utilise mon blog. Voilà ce que j’y ai déjà partagé :

Aidez-moi à imaginer la suite

Pour m’aider à comprendre tout ça, pour me dire que j’ai tort, pour identifier de nouvelles idées, pour proposer des moyens de continuer le combat, vous pouvez ouvrir une discussion (ou une issue) sur GitHub:joachimesque/urgence-climatique (nécessite un compte GitHub).
Ou alors vous pouvez me contacter par email : info@professeurjoachim.com.


Notes

  1. Rappelons qu’à l’échelle mondiale, le secteur de la construction est responsable d’environ 10% des émissions de gaz à effet de serre. A lui seul, le béton est responsable de près de 52% des émissions du secteur !

    L’impact carbone de la production du ciment s’explique par deux phénomènes principaux :
    → La cuisson du clinker à 1450°C via des combustibles fossiles ou de substitution : responsable d’environ 40% des émissions de GES ;
    → La décarbonatation du calcaire lors de la cuisson : responsable d’environ 60% des émissions de GES3.

    source: conseils.xpair.com/actualite_experts/beton-bas-carbone.htm ↩︎